Mon expérience entrepreneuriale

 

Suite à la vente de ma marque Un Joli Monde en mars 2021, je vous présente ici les étapes de la création de cette marque et mon évolution tout au long de cette aventure.
Ce bilan suit étape par étape mon cheminement : je vous parle de la genèse d’Un Joli Monde, puis je reviens sur la concrétisation de mes idées en business et enfin, je vous fais un retour sur ma première expérience entrepreneuriale avec les succès mais aussi les difficultés que j’ai pu rencontrer.

Préambule

Un Joli Monde c’est quoi ?

Lancée en septembre 2018, Un Joli Monde est une marque de bougies parfumées et personnalisées, fabriquées de manière artisanale à Nantes. La marque propose également des kits DIY pour fabriquer soi-même ses bougies.
Retrouvez la philosophie de la marque plus en détails dans l’article : Fondatrice d'Un Joli Monde

A l’origine, Un Joli Monde c’est qui ?

C’est moi, Marion, 44 ans et maman de 3 enfants entre 6 et 12 ans.
Il y a 3 ans, après plus de 15 ans dans le marketing, j’ai souhaité prendre un nouveau virage professionnel en me lançant dans l’entrepreneuriat pour retrouver du sens dans mon activité. Notamment suite à mon dernier poste pour un grand groupe agro-alimentaire dont les produits ne correspondaient plus à mon mode de consommation et dont les pratiques managériales ne correspondaient pas à mes valeurs.

L’élément déclencheur pour entreprendre

Depuis plusieurs années (notamment à chaque congé maternité), j’ai souhaité me lancer dans l’entrepreneuriat. Mais, à chaque fois, je n’ai pas osé. La peur de l’échec, la peur de perdre mon confort matériel, la peur de renoncer à une « carrière professionnelle » toute tracée, la peur d’être jugée et de décevoir…

Et puis, il y a 3 ans et demi, mon mari et moi avons décidé de quitter Paris (la ville où j’ai grandi) et mon job confortable. Direction Nantes avec la folle envie, cette fois, de me lancer vraiment !

 Un Joli Monde a donc germé en mars 2018, s’est concrétisé en juin 2018 et a été lancé en septembre 2018.

La genèse d’Un Joli Monde


Les principales étapes avant le lancement ?

La période « avant lancement », que je qualifie souvent de « lune de miel », est de loin la période que j’ai préférée : l’excitation de la page blanche, le champ infini des possibles, la dimension créative pour donner vie aux premières idées.

1/ Des idées aux concepts

La première étape, qui a commencé par un long cheminement dans ma tête, a été de réfléchir puis de lister des tas d’idées de produits/business. L’idée sous-jacente étant le fait-main ou DIY (Do It Yourself). 

Une fois les idées listées, j’ai retenu une idée principale : des kits DIY incluant tout le nécessaire pour réaliser des accessoires de décoration ou de mode avec la garantie de matières premières choisies avec soin et l’assurance d’un résultat bluffant.

J’ai écrit plusieurs concepts différents autour de cette idée de kit : des kits pour réaliser des bougies, bien entendu, mais aussi des petites broches, des pochettes, des vêtements, de la broderie, du tricot, des bijoux…

2/ Sélection des concepts les plus pertinents

L’analyse de chaque concept m’a permis de m’assurer que l’offre produit que j’imaginais pouvait répondre à un « insight » consommateur tout en apportant un vrai bénéfice et un réel avantage compétitif, grâce à une veille concurrentielle approfondie faite en parallèle.

Cette étape m’a permis d’éliminer beaucoup de concepts. A titre d’exemples :

  • Dans le domaine du tricot, il existait déjà beaucoup de kits très bien conçus et le marché était déjà assez mature. Je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus.

  • Dans la couture, s’est posée la question du ré-achat : une fois le patron reçu avec le kit, je voyais peu d’intérêt pour la cliente de racheter un nouveau kit

  • Pour les broches, j’ai creusé ce concept assez loin mais, après plusieurs essais, je ne suis pas parvenue à trouver des fournisseurs pouvant découper les formes souhaitées de manière précise dans la matière choisie (et sans commander 5 000 pièces par forme !). J’ai donc décidé de mettre de côté ce concept.

Concernant les bougies, le concept est né de ma propre expérience : un jour, j’ai souhaité me lancer dans la fabrication de bougies pour faire des cadeaux de Noël. J’ai dû passer 4 commandes sur 4 sites différents pour trouver les matières premières que je souhaitais. Et puis, j’ai dû “bidouiller” une étiquette sur Canva, qui au final, n’était pas très jolie.

J’ai pris conscience, à ce moment-là, qu’il y avait une vraie opportunité de marché. Car à l’époque, aucune marque ne proposait des kits tels que je les imaginais, c’est-à-dire avec :

  • Des matières premières de qualité, proposées avec la juste quantité de façon à limiter les déchets une fois les bougies fabriquées,

  • Des parfums raffinés, uniques et exclusifs,

  • Des jolis contenants,

  • Des jolies étiquettes personnalisées

Mais aussi la garantie d’un résultat parfait : des jolies bougies telles qu’on aurait pu les acheter en magasin.

 J’ai donc décidé de commencer en lançant des kits de fabrication de bougies (en me disant que je creuserais peut-être les autres idées de kits plus tard).

Tout de suite, j’ai également souhaité proposer des bougies “toutes faites” pour les moins manuels ou ceux qui n’avaient pas le temps. Et puis, j’aimais bien l’idée du “Make it or Buy it” (que j’avais d’ailleurs imaginé sur les autres concepts).
Mais proposer des bougies “toutes faites” supposait de trouver un moyen de me démarquer de la concurrence, le secteur de la bougie étant très concurrentiel.
De là, est née l’idée de la personnalisation des bougies, qui de surcroît, était également très pertinente pour les kits : une bougie fabriquée de A à Z, jusqu’à l’étiquette !

La personnalisation m’a aussi permis de contrer le caractère saisonnier des bougies en proposant une offre pouvant accompagner les différents évènements qui rythment l’année : la fête des mères, les cadeaux de fin d’année pour les maîtresses, la Saint-Valentin, les anniversaires, mais également les célébrations importantes comme les naissances, les mariages, les baptêmes ou les communions.

Avec la personnalisation, la bougie n’était plus seulement cantonnée au rôle d’objet déco mais devenait un message à offrir à ses proches, voire une déclaration !

Du concept au produit

Une fois le concept retenu, différentes étapes ont été nécessaires pour le concrétiser en produit.

1/ Le sourcing

La recherche de fournisseurs m’a pris 3 mois environ : il me tenait à cœur de choisir des fournisseurs les plus locaux possibles et des matières premières de qualité, le tout à un coût raisonnable. Et je me suis rendu compte que cette équation n’était pas évidente !

Je me suis tout d’abord heurtée à des contraintes de quantité, certains fournisseurs imposant des minimums de commande très élevés, avec un paiement comptant. Il a donc fallu faire preuve de persuasion pour que certains fournisseurs acceptent de travailler avec moi, malgré le volume de commande limité ou la faible rentabilité pour eux.

Ensuite, pour chaque fournisseur identifié, j’ai demandé des échantillons afin de valider la qualité des matières premières (cire, contenants, mèches, boites de kits…) et faire des tests.

La recherche de la cire a été la plus longue. Il a en effet fallu beaucoup de tests de cires afin d’établir et valider mon protocole de fabrication pour que les kits soient faciles et rapides à réaliser.

Éléments clé des bougies, je souhaitais des parfums raffinés, uniques et exclusifs. J’ai eu la chance d’être mise en relation avec la parfumeure d’une amie. Le développement des parfums a pris du temps. J’ai tout d’abord réfléchi à la gamme de parfums que je souhaitais, puis après échange avec ma parfumeure, nous nous sommes mis d’accord sur 5 parfums différents. Plusieurs aller-retours ont été nécessaires pour arriver aux fragrances souhaitées. Aujourd’hui, je suis encore très fière des parfums créés et je les trouve toujours autant délicats. La création des parfums est sûrement l’étape que j’ai préférée !

Enfin, il a fallu trouver une solution pour pouvoir imprimer des étiquettes à l’unité, de façon autonome et avec une qualité irréprochable. Avec la personnalisation, chaque étiquette est en effet unique.

2/ Le business plan et le financement

En parallèle du sourcing, j’ai commencé à travailler sur mon business plan. A ce stade, le chiffre d’affaires prévisionnel reste très hypothétique mais l’étape du business plan est pourtant cruciale. Cela permet de choisir le business model idéal, savoir si l’activité est viable et les conditions pour pouvoir en retirer un revenu.

La BGE (un organisme qui accompagne les créateurs d’entreprise) m’a accompagné pour finaliser mon prévisionnel et présenter mon dossier de financement auprès des banques et de la Région.

3/ L’identité visuelle et la naissance d’une marque

Ayant longtemps travaillé dans le marketing, j’ai toujours été convaincue que l’image que renvoie une marque est clé pour donner envie et se démarquer de la concurrence.

Dès le début, j’ai souhaité lancer Un Joli Monde avec une image de marque aboutie et assumée à 100%.

J’ai donc confié l’identité visuelle d’Un Joli Monde à Nolwen, d’Atelier Nobo, dont le travail me correspondait, afin qu’elle puisse traduire en images les valeurs et l’image que je souhaitais véhiculer. Ainsi est née l’identité d’Un Joli Monde et notamment, le logo, les motifs, les couleurs et les étiquettes des bougies.

J’ai adoré cette étape et ce travail main dans la main qui a permis de donner naissance à la marque Un Joli Monde telle que je l’imaginais.

 

Du produit à la commercialisation

La dernière étape, une fois l’identité visuelle réalisée, a été de finaliser l’offre produit et de construire l’e-shop.


1/ Concernant l’offre produit

Il s’agissait de finaliser le contenu des kits et le protocole de fabrication, déterminer les prix et valider les solutions pour les envois postaux (conditionnements et frais d’envoi).

Pour cette étape, j’ai décidé de faire tester le kit à une quinzaine de personnes (un mix de personnes de mon entourage et de personnes qui me suivaient déjà sur Instagram). Cela m’a permis d’ajuster le protocole de fabrication, le contenu du kit et le prix de vente.

2/ Concernant l’e-shop

Initialement, j’avais pensé faire développer un e-shop sur-mesure, incluant notamment la possibilité de créer ses étiquettes en ligne pour que les clients puisse se rendre compte du rendu. Mais cela aurait nécessité un investissement trop important dès le départ.

Je me suis donc orientée vers une plateforme de e-commerce en self-service, proposant des templates assez qualitatifs. Par ailleurs, j’ai réfléchi à une arborescence de site la plus logique possible afin que l’expérience client soit la plus fluide possible. Il a fallu composer avec certaines contraintes techniques mais globalement c’était une bonne solution pour commencer.

Ensuite, j’ai rédigé tous les contenus du site, puis shooté les bougies et les kits.

Création de mon entreprise 

Enfin, j’ai créé ma petite entreprise pour officialiser tout cela !
Le 26 septembre 2018, je lançais l’e-shop, et je me souviens encore de mon état un peu fébrile quand j’ai appuyé sur le bouton et que les premières commandes sont arrivées !

La petite vie de l’entreprise ?

Une fois mon e-shop lancé, je suis vraiment rentrée dans le concret.

Étant plutôt organisée, j’ai mis en place un certain nombre de process afin de gagner du temps :

  • Des productions de bougies régulières afin d’avoir toujours un stock assez important et éviter les ruptures de stock (principalement car je souhaitais mesurer le potentiel maximal de mon business). Faire des bougies en grande quantité me permettait aussi de rentabiliser le fait de devoir tout installer pour la production !

  • Une organisation optimale de mon espace de travail et de mon stock de matières premières afin que la préparation des commandes soit la plus fluide possible

  • La création de différents documents pour gagner du temps : des tableaux pour préparer les productions de bougies, suivre mon stock, les commandes, mon chiffre d’affaires et ma rentabilité ; des templates pour les devis et les factures, des mails type etc. J’ai essayé d’automatiser un maximum de documents afin d’être la plus efficace possible.

J’ai également testé différents canaux de distribution physiques qui ont plus ou moins bien marché :

  • Quelques ventes éphémères : beaucoup de logistique, notamment pour transporter les produits, pour un chiffre d’affaires honorable mais assez limité !

  • Une boutique de créateurs à Nantes : une expérience et des rencontres intéressantes mais au final un chiffre d’affaires limité et surtout, la confirmation que je ne me sentais pas à ma place, dans ce rôle de « commerçante » (je devais tenir la boutique 2 jours par mois)

  • Des revendeurs : frileuse au départ car cela me faisait perdre 50% de ma marge, je me suis vite rendu compte qu’il s’agissait d’un bon levier pour booster ma visibilité, à condition de bien choisir les boutiques (notamment en termes d’image de marque).
     

Tout au long de ces 2 ans et demi, j’ai également eu à cœur d’affiner mon offre et faire mûrir ma marque, pour arriver à une offre plus aboutie :

  • J’ai rapidement confié la réalisation des visuels de mon e-shop à la scénographe/photographe, Pauline D’Arexy dont j’admire le travail. La préparation des shootings et les journées de shootings elles-mêmes restent de très bons souvenirs !

  • Peu à peu, j’ai souhaité simplifier mon offre pour me recentrer sur les produits qui marchaient le mieux et me plaisaient le plus

  • J’ai simplifié mon catalogue d’étiquettes en réduisant le nombre de modèles et en les retravaillant légèrement pour arriver à une version plus mature et assumée. J’ai également fait développer un alphabet végétal pour proposer des bougies « monogramme ». J’ai confié cette réalisation à Studio Hörtie dont j’adore le travail si délicat !

  • J’ai fait réaliser un petit livret illustré pour la fabrication des bougies (réalisé à 4 mains par Atelier Nobo et Studio Hörtie)

  • J’ai développé un sixième parfum (Ambre) qui est aujourd’hui un de mes parfums préférés !

  • J’ai lancé un format tout mini pour développer l’offre évènementielle avec des cadeaux « invités » à un prix raisonnable

  • Et bien entendu, j’ai également travaillé mon référencement sur Internet et le développement de ma clientèle, à la fois B2C et B2B.

 

Au final,

Je suis fière de l’offre à laquelle je suis arrivée :  une offre qui me plaît à 100% et parfaitement assumée.

Alors, pourquoi avoir décidé d’arrêter ?

Après 2 ans et demi, j’ai eu le sentiment d’arriver au bout de l’histoire.

La lune de miel est peu à peu redescendue car la part de créativité et de stimulation intellectuelle des débuts a laissé place à des tâches plus répétitives et à une activité avant tout d’artisan / commerçant dans laquelle je me suis de moins en moins épanouie.
Par ailleurs, je me suis rendu compte qu’il allait être difficile de me dégager un “vrai” salaire (chacun mettant le curseur où il veut/peut) en gardant ce business model d’activité artisanale.

Au départ, je comptais donc arrêter et faire mourir Un Joli Monde.
Et puis, un ami expert-comptable, en épluchant tous mes chiffres, m’a convaincu de vendre ma marque et mon fonds de commerce. Mon CA n’était pas si mal, j’avais plutôt une bonne rentabilité et l’entreprise était saine. C’est sûrement l’un des meilleurs conseils que j’ai reçu car cela m’a permis de tourner la page de manière positive. Aujourd’hui, je suis ravie de voir la marque continuer d’exister.
Un Joli Monde est désormais géré par Hélène. Vous pouvez donc toujours retrouver les produits sur l’e-shop : Un Joli Monde.

Je repars sereine sur un nouveau projet.

Et si c’était à refaire ?


Pour terminer, je vous livre mon retour sur ma première expérience entrepreneuriale.
L’entrepreneuriat, c’est avant tout une aventure incroyable, grâce à laquelle on apprend énormément sur soi. Un vrai challenge personnel, mais aussi des montagnes russes émotionnelles qu’il faut réussir à dépasser pour avancer.

Le côté « couteau suisse »

On n’entreprend pas seulement dans son domaine de prédilection mais on doit être à l’aise sur toutes les facettes du business, tel un vrai couteau suisse : le marketing et la communication, mais également le digital, la compta, le commercial, le juridique, les finances, les ressources humaines…

C’est ce qui fait la richesse de l’entrepreneuriat et qui, en même temps, peut paraître déroutant au début. On passe nos journées à apprendre, à douter, à ne pas savoir et puis finalement, on prend des conseils à droite à gauche, on se forme, on écoute, on fait, on défait, on refait et on avance peu à peu !

Savoir s’entourer pour avancer

Une des clés de réussite est donc certainement de savoir bien s’entourer pour avancer rapidement. Apprendre pour être le plus autonome possible, oui, mais savoir déléguer les tâches qu’on ne maîtrise vraiment pas ou qui nous font perdre beaucoup de temps et sur lesquelles on a peu de valeur ajoutée.

Et puis, cela permet d’obtenir un regard neuf et d’être challengé sur nos choix.

Plusieurs personnes m’ont ainsi été d’un précieux soutien pour m’aider ou me conseiller dans les domaines que je ne maîtrisais pas : mon mari pour le développement de mon e-shop, un ami pour le référencement, un ami expert-comptable pour la vente d’Un Joli Monde. Savoir faire jouer son réseau pour bien s’entourer est donc vraiment clé.
En France, on a également la chance de pouvoir être accompagné par différents organismes, bien souvent gratuitement lorsqu’on est demandeur d’emploi. Par ex, la CCI, la BGE ou la Maison de la Création à Nantes. Par ce biais, j’ai pu rencontrer gratuitement un expert comptable, un avocat en propriété intellectuelle ou encore un juriste.

Des obstacles au dépassement de soi

Lorsqu’on entreprend, on fait d’abord face à une multitude d’obstacles mais c’est ce qui permet, au final, de se dépasser.

  • Le premier obstacle est certainement nous-même : dépasser ses pensées limitantes et sa peur de l’échec, se sentir capable de réussir pour dépasser le syndrome de l’imposteur.

  • Dépasser, aussi, le regard des autres et réussir à assumer nos choix. J’ai le sentiment que l’on se définit beaucoup par le travail que l’on fait (lorsqu’on rencontre quelqu’un que l’on ne connaît pas, la première question est bien souvent « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? »). Pour ma part, j’ai eu beaucoup de mal à assumer cette nouvelle activité. Aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher de rappeler que j’ai travaillé pour des grands groupes. Comme si cela témoignait d’une certaine forme de réussite professionnelle (et cautionnait mon intelligence ?) alors que je suis loin de m’être épanouie dans ce type de poste ou d’entreprise, malgré certaines rencontres très riches.

  • Alors là encore, il faut réussir à bien s’entourer. Entre les parents qui prennent peur parce qu’on sort du « droit chemin du CDI », certains amis négatifs (« Ah bon ? Tu vas faire des bougies ? Mouais... ça ne marchera jamais, il y en a déjà plein ») et d’autres au contraire trop positifs (« Ah c’est super génial ! Trop bien ! ça va cartonner ! ») mais qui au final, n’achèteront jamais tes produits... Il faut réussir à trouver un juste milieu. Des amis ou relations capables de nous faire un retour honnête et constructif pour nous faire avancer. J’ai pu constituer, de cette manière, une petite équipe de “têtes pensantes” qui m’a aidé dans les moments clé ou décisions importantes d’Un Joli Monde.

Peu à peu, il faut savoir suivre son instinct, se faire confiance et savourer les premières petites victoires.

  • L’étape de la recherche de financement est un bon moyen pour tester sa force de persuasion et se confronter à la réalité du business : cela suppose de bien préparer sa présentation en amont pour convaincre son banquier et obtenir les financements souhaités. Au final, il s’agit de séduire notre premier client ! Pour ma part, j’ai présenté mon projet à 3 banquiers. J’ai adoré ces échanges et notamment le fait d’être challengée. Au final, les 3 banquiers étaient prêts à me suivre.

  • Le sourcing nous pousse également à nous dépasser : trouver des fournisseurs prêts à nous faire confiance et accepter de travailler avec nous, et peu à peu être pris au sérieux. J’en rigole aujourd’hui mais un de mes fournisseurs m’a lancé un jour, à la fin d’un rendez-vous « Merci Marion pour cette récréation ! ». Oui, être pris au sérieux prend du temps ;-)

  • Enfin, les premiers retours client nous donnent des ailes. Au départ, on n’est rien. La marque n’existe pas, les gens ne nous connaissent pas et ne nous attendent pas. Quand bien même notre univers les touche, passer à l’acte d’achat est une étape qui est loin d’être acquise. Mais petit à petit, les commandes arrivent, de plus en plus de professionnels nous contactent et les premiers mots doux des clients arrivent !

Un autre obstacle important qui nous pousse à nous dépasser est le fait de devoir sans cesse se renouveler pour proposer une offre unique.
Depuis le départ, cela a été mon obsession. J’ai toujours eu à cœur de proposer une offre unique, qu’on ne voyait pas ailleurs.
Malheureusement, avec l’expérience, je me suis rendu compte que ce n’était pas l’obsession de tous et que la propriété intellectuelle était un vaste sujet, difficile à défendre (vous savez, le jeu des 7 erreurs !).
Un Joli Monde a été plagié il y a un an par une personne sans scrupule (des photos et des textes en partie similaires, une gamme de produits très proche...), une autre marque a lancé une marque de bougie avec une étiquette très semblable à mon modèle “coeur” (à tel point que beaucoup de clientes me demandaient si c’était moi) et une autre a lancé un kit très semblable.
La rançon du succès ? Probablement. Mais assez triste avant tout quand on sait que la créativité n’a pas de limites ! De mon côté, la concurrence ne m’a jamais réellement fait peur car j’ai toujours été convaincue qu’il y avait de la place pour tout le monde, du moment qu’on respecte le travail de chacun.

Des sacrifices mais la liberté retrouvée

J’ai par ailleurs découvert qu’entreprendre n’était pas si facile (et d’autant plus en entreprenant seule). Je m’en suis surtout rendu compte quand je suis rentrée dans le concret, après le lancement.

Entreprendre représente beaucoup de travail que peu de gens soupçonnent. Contrairement au salariat, quand on entreprend seul, on doit être sur tous les fronts, en permanence (notamment lorsqu’on décide de créer une activité artisanale !). La charge de travail est donc assez conséquente.
Lorsque j’étais salariée, j’ai toujours plus ou moins réussi à me protéger en sachant dire « non » et en imposant des limites. Mais lorsqu’on est à son compte, c’est beaucoup plus difficile et on se rend compte qu’on est souvent plus exigeant avec soi-même en étant son propre boss !

Par ailleurs, la remise en question est quasi quotidienne. Vous savez, cet ascenseur émotionnel qui fait qu’un jour, on se sent pousser des ailes car on se trouve génial et le lendemain, on redevient super nul !

La pression financière est un aspect très difficile également. Car non, on ne gagne pas plein d’argent tout de suite (ni même après). Et contrairement à ce que beaucoup pensent, le chiffre d’affaires que l’on génère est loin de représenter le bénéfice net que l’on arrive à dégager au final (même avec une très bonne rentabilité).
J’ai parfois râlé lorsque j’étais salariée mais il faut reconnaître que c’est très confortable d’avoir un salaire qui tombe à la fin de chaque mois (même quand il y a une crise sanitaire), d’avoir droit au chômage si le contrat s’arrête, de continuer à être payé si on tombe malade…

Pour autant, la richesse de l’entrepreneuriat est telle que je ne reviendrais pas en arrière.
Je savoure par-dessus tout ma liberté retrouvée (finie, la culture française absurde du présentéisme). J’ai retrouvé le goût du travail. Une vraie renaissance professionnelle qui me donne des ailes pour me réinventer chaque jour et continuer, tant que je peux, à être indépendante.

Se poser les bonnes questions avant

Avec le recul, je pense qu’il est clé de se poser les bonnes questions avant d’entreprendre afin de trouver le bon business model pour que l’activité soit viable sur le long terme, tant sur le plan financier qu’au niveau du travail en lui-même.

Pourquoi entreprend-on ?

Pour être libre ? Indépendant ? Faire ce qu’on veut ? Ne plus avoir de contraintes ?
Pour gagner de l’argent ? Oui, mais combien ? Pour avoir seulement un complément de revenu ?
Pour créer une activité qui nous plaît ? Pour (re)trouver du sens dans notre activité ? Pour faire de sa passion son travail ?
Pour travailler moins ? Pour avoir un meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle ? 

Qu’attend-on de l’entrepreneuriat ?

De la reconnaissance ? Le dépassement de soi ?
Du challenge ? De l’excitation ? 

Quel est le prix à payer pour entreprendre ? Quels sacrifices est-on prêt à faire ?

Concrètement, je pense qu’il y a du bon et du moins bon dans chaque manière de travailler et cela dépend beaucoup du type de business, de notre entourage et de notre personnalité.

Par ailleurs, je pense n’avoir découvert qu’une partie infime de ce qu’est l’entrepreneuriat.
Je suis loin d’avoir pu jouer dans la cour des grands mais j’y ai mis toute mon énergie et le fait de laisser des mots, quelque part, m’aide à tourner la page de ce premier projet entrepreneurial.

Bien entendu, il ne s’agit là que de mon expérience et de mon avis. Selon les personnes, les secteurs, sa vie pro antérieure, son contexte familial et sa manière de vivre, l’entrepreneuriat sera différent. Car nous sommes tous uniques.
Mais une chose est sûre : tant que l’on n’a pas entrepris, on ne se rend pas compte de la réalité de l’entrepreneuriat.

En tout cas, ce que je retiens avant tout, c’est que j’ai beaucoup appris, et certainement bien plus que ce à quoi je m’attendais.

Et si c’était à refaire ?

Je crois bien que je referais presque tout pareil ! Car aujourd’hui, je n’ai aucun regret et je suis fière d’avoir pu passer le relais à une autre personne afin qu’Un Joli Monde puisse continuer d’exister, même sans moi.

Néanmoins, j’ai commis quelques erreurs. Notamment je n’ai pas réussi à anticiper à quoi allait ressembler mon quotidien concrètement. J’ai donc découvert, sûrement trop tard, que je n’étais pas faite pour une activité artisanale.
Car ce que j’aime par-dessus tout, c’est imaginer, concevoir et créer en amont. Mais fabriquer à la main des produits identiques m’intéresse moins.
Je pense avoir sous-estimé ce temps de fabrication, de logistique et de manutention intrinsèque à une activité artisanale. Malgré le recrutement d’une salariée pour réaliser ces tâches, il aurait peut-être fallu imaginer un autre business model en déléguant à 100% toute cette partie de fabrication et logistique.
D’où, également un questionnement sur la viabilité et la rentabilité à long terme d’une activité artisanale. Peut-on produire à échelle artisanale et générer un chiffre d’affaires suffisant pour pouvoir en vivre ?

Un Joli Monde m’aura permis de mieux me connaître, comprendre ce qui m’anime au quotidien et prendre conscience de la valeur des choses.  Et pour cette raison, j’admire de ce fait d’autant plus le travail et la passion des artisans.

Et la suite ? Savoir rebondir ?

J’ai décidé de poursuivre ma carrière dans l’architecture d’intérieur et la décoration, ma passion depuis toujours. Après une formation en Design d’espace et Décoration puis une spécialisation en Architecture Intérieure, mon activité est lancée et je suis fière d’accompagner mes premiers clients dans la rénovation de leur maison !

Rendez-vous sur 26juin.fr et @26juinstudio

pour continuer à suivre mon parcours !




Et au plaisir d’échanger sur mon retour d’expérience entrepreneuriale !

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